Avec un numéro sur la pragmatique dans l’enseignement des langues étrangères et secondes (1/2026), Babylonia s’intéresse aux significations cachées, aux marqueurs sociaux et aux ressorts de l’interaction. Bref, à ce qui fait de la langue l’outil privilégié des interactions humaines. Pour en savoir plus, Amelia Lambelet (HEP Vaud) a interrogé Elisabeth Peyer (Université de Fribourg), Anna Ghimenton (Université Grenoble Alpes) et Karine Lichtenauer (Université de Fribourg).
Amelia Lambelet : Qu’est-ce qui vous a motivées à consacrer ce numéro à la pragmatique en langues secondes et étrangères, et en quoi ce thème vous semble-t-il particulièrement actuel aujourd’hui ?
C’est au cours d’une conversation à trois que l’idée nous est venue de prendre le pouls de ce qui se faisait actuellement dans l’enseignement des langues.
Über pragmatische Kompetenzen in einer Fremdsprache zu verfügen, bedeutet ja, in einer Fremdsprache in verschiedenen sozialen Kontexten angemessen handeln zu können. Dies ist seit der kommunikativen Wende ein zentrales Ziel des Fremdsprachenunterrichts. Gerade heute, wo wir je länger, je mehr in Kontakt mit Menschen aus anderen Sprachen und Kulturen kommen, ist es besonders wichtig, beim Lernen einer Fremdsprache auch pragmatische Aspekte vermittelt zu bekommen. Ansonsten könnte man z.B. in der Kommunikation mit L1-Sprecher:innen vielleicht unhöflich oder irgendwie unpassend erscheinen, da man nicht gelernt hat, wie man in der Fremdsprache situationsgerecht handelt. Aber natürlich kommt es in den verschiedensten Kommunikationssituationen (z.B. auch in Lingua-Franca-Kontexten) darauf an, wie man etwas sagt, denn dies kann Auswirkungen auf den weiteren Gesprächsverlauf haben. Ein anderer Grund, weshalb wir uns für das Thema Pragmatikkompetenzen im Fremdsprachenunterricht interessiert haben, war schlicht und einfach, dass wir gerne mehr über konkrete und innovative Unterrichtsprojekte zur Vermittlung von pragmatischen Kompetenzen in einer Fremdsprache erfahren wollten, wozu in unserer Nummer jetzt auch einige spannende Beiträge zu finden sind (z.B. Fivaz oder Manzato/Criblet).
Quels sont les principaux défis rencontrés par les enseignant·es lorsqu’il s’agit d’intégrer la pragmatique dans l’enseignement des langues ? Ce numéro permet-il d’y répondre?
Il était intéressant de voir que, malgré le poids qui lui est accordé dans les cadres de référence et autres plans d’étude, la pragmatique suscite bien des débats parce qu’elle porte sur des pratiques de communication pleines de sous-entendus et d’implicite, Ces pratiques s’appuient sur des valeurs que les locuteur·trices supposent partagées. C’est sans doute une des grandes difficultés pour travailler sur la pragmatique, du point de vue de l’enseignant·e. C’est d’ailleurs le sujet de l’opinione de Jeremy Jaquet et la polifonia de Francesco Screti & Giuliana Santoro. Les auteur·es montrent bien que ces valeurs doivent être consciemment reconnues, examinées et discutées pour permettre aux enseignant·es de prendre des décisions éclairées sur ce qu’ils enseignent, par exemple les formes d’adresse. C’est un défi qui ne peut pas être relevé par une publication, puisque les contextes changent – et donc les pratiques et les valeurs. Mais ce numéro contribue à la discussion et c’est peut-être encore plus important.
Une autre difficulté, c’est que la pragmatique porte sur des usages : des règles ou plutôt des régularités elles-mêmes souvent implicites, changeantes, extrêmement variées suivant les situations de communication (avec qui on parle, dans quelles circonstances, de quel sujet, etc.).
Der Unterricht von pragmatischen Kompetenzen in der Fremdsprache ist deshalb zentral, weil man die Schüler:innen dadurch befähigt, ihre Kommunikationsabsichten in verschiedenen Situationen angemessen zu realisieren.
Eine weitere Herausforderung ist sicherlich, dass es bis heute noch relativ wenig Forschung dazu gibt, wie pragmatische Kompetenzen in einer Fremdsprache unterrichtet werden sollen, insbesondere was junge Lernende anbelangt. Was man aus der bisherigen Forschung weiss, ist, dass die Bewusstmachung (awareness-raising) durch die Lehrperson bzw. das bewusste Wahrnehmen (noticing) von pragmatischen Aspekten im Unterricht sehr wichtig ist (z.B. Glaser/Limberg 2020). Anders Myrset, der zum Unterricht von pragmatischen Kompetenzen auf der Primastufe forscht, geht im Babylonia-Interview auf die Bewusstmachung für pragmatische Phänomene durch die Lehrperson ein und zeigt auf, dass unter Anleitung bereits Lernende der Primarstufe über den Sprachgebrauch reflektieren können und somit schon auf dieser Altersstufe die metapragmatische Bewusstheit gefördert werden kann. Ein anderer Punkt, den Anders Myrset im Interview erwähnt, ist, dass in Lehrwerken oft nur eine kleine Bandbreite an Sprechakten vorkommt und für diese Sprechakte nur wenige verschiedene Ausdruckmöglichkeiten aufgezeigt werden. So kommen z.B. als Aufforderungen in Lehrwerken vor allem direkte Formulierungen im Imperativ vor, obwohl in der Realität oft auch indirektere Formulierungen gebraucht werden. Es liegt also an den Lehrpersonen aufzuzeigen, dass Sprechakte wie Aufforderungen – je nach Situation – unterschiedlich (höflich bzw. direkt) formuliert werden können.
Si vous deviez convaincre un·e enseignant·e sceptique en une phrase : pourquoi enseigner la pragmatique ?
Der Unterricht von pragmatischen Kompetenzen in der Fremdsprache ist deshalb zentral, weil man die Schüler:innen dadurch befähigt, ihre Kommunikationsabsichten in verschiedenen Situationen angemessen zu realisieren.
Il est toutefois difficile de répondre à cette question, peut-être parce qu’il est difficile d’imaginer des leçons dans lesquelles la pragmatique, ou tout au moins des aspects de la pragmatique, ne sont pas enseignés. La pragmatique est abordée dès qu’un dialogue est mis en place, dès qu’un écrit est adressé à un·e ou plusieurs lecteur·trices : l’apprentissage des formes d’adresse ou des façons de saluer est déjà un apprentissage de la pragmatique. De même, l’apprentissage du vocabulaire participe au développement des compétences pragmatiques : choisir de désigner un volume « livre » ou « bouquin », c’est un choix qui met en œuvre des compétences lexicales et pragmatiques. Il ne s’agit donc peut-être pas tant d’instaurer des moments d’apprentissage de la pragmatique dans les cours que d’exploiter consciemment le potentiel de ce que les enseignant·es font déjà. C’est ce que propose Christian Dumais qui exemplifie l’importance de la pragmatique pour l’enseignement de l’oral en classe d’anglais L2 en nous ouvrant une petite fenêtre sur la complexité de la tâche tout en soulignant son caractère primordial.
Il ne s’agit donc peut-être pas tant d’instaurer des moments d’apprentissage de la pragmatique dans les cours que d’exploiter consciemment le potentiel de ce que les enseignant·es font déjà.
En effet, chaque thème abordé, chaque situation de communication entraînée, peut être l’occasion d’éveiller l’attention des apprenant·es sur des aspects pragmatiques et de partager avec eux·elles les codes pour déchiffrer toujours mieux les connotations, l’humour, etc. bref, les implicites en général. Typhaine Manzato & Anne Criblez par exemple, à l’occasion d’une leçon sur les expressions idiomatiques, provoquent des réflexions d’ordre pragmatique sur un thème qui pourrait être traité en termes de lexique uniquement. Dans ce numéro de Babylonia, on voit aussi que la pragmatique – ou une dimension de la pragmatique – peut être le thème même des leçons : comprendre et savoir produire de l’humour est essentiel dans les interactions, comme le montre bien Rachel Shively, et en thématisant l’humour, on traite d’emblée de pragmatique, même si l’enseignant·e ne s’est pas dit « Aujourd’hui, nous allons faire de la pragmatique ! » mais sans doute bien « Aujourd’hui, nous allons parler d’humour ! ». Elle montre bien aussi dans ses exemples comment un aspect de pragmatique peut égrener les leçons, sans être le thème traité en tant que tel.
Au-delà de la didactique des langues, que peut apporter une réflexion sur la pragmatique à notre compréhension des interactions sociales et éducatives ?
Bien que l’étude de la pragmatique dans les échanges de classe de langue (entre élèves, entre enseignant·e et élèves) ne soit pas le thème central du numéro, elle apparait néanmoins en filigrane. Étant aux fondements de toute interaction, sa pertinence va bien au-delà des périmètres de la classe de langue et concerne l’enseignement de toutes les disciplines.
Pour cela, des équipes de recherche radicalement interdisciplinaires semblent nécessaires : enseignant·es et/ou chercheur·es en mathématiques et langues secondes, par exemple.
[Ce] numéro [donne] à voir différentes situations, avec de nouvelles interrogations et des propositions de pratiques où la pragmatique est remise au cœur du processus d’apprentissage.
Anna Ghimenton
A ce sujet, la contribution de Cecilia Bartoli, Maria Rossi et Alessandra Smerilli montre comment le plurilinguisme peut appuyer une recherche de sens, collaborative, mettant en œuvre une approche métapragmatique, transposable à d’autres contextes d’apprentissage.
Depuis que vous êtes plongées dans ce thème, vous arrive-t-il de repérer des phénomènes pragmatiques partout ?
Elisabeth Peyer: Ja, das kommt schon vor, gerade was die Höflichkeit anbelangt. Da können auch manche Erwachsene in ihrer L1 noch dazulernen.
Karine Lichtenauer : Chaque incompréhension, chaque quiproquo renvoie à de la pragmatique, et j’en ai ou en voie un certain nombre dans toutes les langues régulièrement, surtout dans les situations plurilingues. Malheureusement, la conscience des phénomènes ne permet pas souvent d’éviter les impairs.
Anna Ghimenton : Je ne dirais pas que depuis ce numéro je repère des phénomènes pragmatiques partout. Je dirais plutôt que l’étendue du champ de questionnement s’est sans doute élargie après avoir été confrontée à un numéro donnant à voir différentes situations, avec de nouvelles interrogations et des propositions de pratiques où la pragmatique est remise au cœur du processus d’apprentissage.
Références bibliographiques
Glaser, K., & Limberg, H. (2020). Pragmatische Kompetenzen und Fremdsprachenvermittlung – Forschung und Praxis. In Holger Limberg / Karen Glaser (Hrsg.) Pragmatische Kompetenzen im schulischen Fremdsprachenunterricht (S. 19–103). Peter Lang.
Propos recueillis par Amelia Lambelet
Rédaction CeDiLE: Laura Loder Büchel
Lisez en avant-première
Apprendre la pragmatique en langues secondes et étrangères /
Pragmatische Kompetenzen im Fremd- und Zweitsprachenunterricht erwerben
l’introduction au numéro 1/26 de Babylonia !
(Re-)découvrez le podcast avec France Rousset:
