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À quoi ça sert de célébrer la diversité linguistique ? [Entretien]

Le 26 septembre, l’Europe célèbre sa diversité linguistique à l’occasion de la 20e Journée européenne des langues. Si l’événement existe depuis 20 ans, les débats sur la manière gérer la diversité linguistique au sein du projet politique européen ont lieu depuis plus longtemps. Ces débats ont eu un impact considérable sur les manières de concevoir l’enseignement des langues étrangères aujourd’hui. Rencontre avec Zorana Sokolovska (@Uni Fribourg et HEP Lucerne) qui en parle dans son livre paru tout récemment.

Maitre-assistante en plurilinguisme et didactique des langues étrangères à l’Université de Fribourg et lectrice de français à la HEP de Lucerne, Zorana Sokolovska aime étudier de vieilles archives pour chercher à comprendre des logiques institutionnelles actuelles. Son livre Les langues en débat dans une Europe en projet (2021) nous plonge dans une cinquantaine d’années de débats au Conseil de l’Europe sur les manières de coordonner des politiques linguistiques. Sa lecture dévoile les conceptions idéologiques et les projets de société qui façonnent nos manières d’apprendre les langues étrangères ou secondes… et de les célébrer chaque 26 septembre. Un entretien « Klartext ».

Qu’est-ce que la Journée européenne des langues ? Pourquoi célébrer la diversité linguistique et l’apprentissage des langues étrangères ?

La Journée européenne des langues recouvre plusieurs choses. Tout d’abord, il s’agit d’une fête qui célèbre l’apprentissage des langues et la diversité linguistique. Ensuite, la Journée européenne des langues, c’est un discours de promotion d’une vision politique de la construction européenne. L’événement est apparu en 2001 durant « l’Année européenne des langues ». Initialement, la manifestation ne devait pas se répéter, mais vu le succès rencontré, c’est devenu une fête annuelle. Enfin, la Journée européenne des langues est un objet d’appropriation, car l’événement laisse beaucoup de marge de manœuvre aux États, régions ou associations dans l’organisation de manifestations locales. À Fribourg par exemple, on fête la « Journée du bilinguisme ».

Le Conseil de l’Europe laisse ainsi pas mal de liberté pour que l’événement s’adapte à des contextes linguistiques et culturels très différents.

Oui. Il n’y a pas de limite de langues, ni de directives sur les discours officiels à adopter dans le contexte local. On célèbre la diversité linguistique en s’envoyant des cartes postales ou en imprimant des t-shirts représentant les langues. Cela rappelle qu’on vit en Europe et qu’un « bon européen » est une personne qui parle plusieurs langues. La Journée européenne fait un peu penser à une fête nationale : on rassemble les 47 États membres dans une célébration positive du plurilinguisme. Les choses négatives sont mises de côté. On organise des activités conviviales, où le plurilinguisme est conçu comme un atout, une richesse. Mais le discours connait aussi ses limites : les élèves sont encouragés, un jour par an, à s’exprimer en serbe ou en albanais à l’école, mais le restant de l’année, il faut utiliser la langue de scolarisation. Si le plurilinguisme existe au quotidien, il est aussi régulé par les institutions comme l’école ou lieu de travail. Je n’ai par exemple jamais vu d’offre d’emploi où il est marqué « plurilingue » sans préciser quelles sont les langues requises pour avoir des chances d’obtenir le poste. Donc la Journée européenne des langues a quelque chose d’illusoire à mon sens, car c’est une vision idéalisée du plurilinguisme qui est célébrée. Dans la pratique, toutes les langues n’offrent pas les mêmes chances. En ce sens, le plurilinguisme est bien plus régulé par des pratiques sociales que nous ne l’imaginons.

On se retrouve dans une sorte de paradoxe : cette même diversité linguistique qui pose des problèmes de communication, il faut tout faire pour la protéger et la cultiver.

Est-ce que l’on a toujours tenu un discours politique positif concernant le plurilinguisme en Europe ?

Non. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe se rend bien compte des différences qui la composent, mais aussi de la nécessité de faire avec. Il y a une volonté de tendre vers une Europe unie pour se faire une place sur la scène internationale. À cette période, la diversité linguistique est d’abord perçue comme un obstacle et le bilinguisme est plutôt mal perçu. En même temps, les Européens conçoivent leurs langues comme un patrimoine culturel qu’il faut conserver. On se retrouve dans une sorte de paradoxe : cette même diversité linguistique qui pose des problèmes de communication, il faut tout faire pour la protéger et la cultiver. À partir des années 1960, les discours autant que les dispositifs didactiques changent progressivement : le plurilinguisme est perçu comme un atout pour la société et il faut créer des outils pour le promouvoir. Cela s’observe notamment dans l’évolution des travaux d’experts au Conseil de l’Europe. Avec des outils comme la Charte européenne des langues minoritaires ou régionales ainsi que le CECR, chaque État peut imaginer sa langue sur un pied d’égalité avec des langues plus répandues comme l’anglais, redonner un peu de visibilité à des langues comme l’alsacien par exemple.

Qui sont les « expert·e·s » que le Conseil de l’Europe consulte ?

Principalement des linguistes comme Daniel Coste ou Jean-Claude Beacco, ou encore Claudine Brohy et Günther Schneider. Pour la Charte, on trouve aussi des juristes ou des amateurs des langues régionales. Dans l’ensemble, il s’agit surtout d’universitaires qui s’engagent pour la cause d’un idéal plurilingue ou en faveur de la protection des langues minoritaires ou régionales. Toutefois, le Conseil de l’Europe prend toujours une certaine distance avec leurs travaux en précisant que les documents des experts ne représentent pas nécessairement un point de vue institutionnel, mais celui des experts.

En lisant ton livre, on comprend rapidement que l’école est au centre de l’attention des politiques européennes. Qu’est-ce qu’on attend de l’école ?

Les écoles doivent contribuer à la création d’une Europe unie. La diversité linguistique ne doit plus être un obstacle, donc on essaie d’ouvrir des pistes didactiques pour promouvoir l’apprentissage de plusieurs langues. Le projet est surtout orienté vers la conception d’une éducation à la citoyenneté démocratique.

Il y a une individualisation des apprentissages qui est ancrée dans une manière de concevoir la société […]

On dirait que tu parles de l’Union européenne. Le Conseil de l’Europe est bien plus large. Est-ce que ces deux institutions tendent vers un même objectif ?

L’Union européenne a été créée après le Conseil de l’Europe. Certains acteurs politiques trouvaient le Conseil de l’Europe trop lent, ce qui les a amenés à créer une autre institution supra-étatique. En se développant, les deux institutions devaient éviter de se marcher sur les pieds. Les questions de langues revenaient traditionnellement plutôt au Conseil de l’Europe, jusqu’à ce que l’Union européenne commence à parler de l’importance des langues pour l’économie à partir des années 1990. Les décisions de l’Union européenne ont plus de poids : la mobilité est rendue possible grâce à une levée effective des frontières ou à la création de programmes éducatifs européens comme Erasmus. En quelque sorte, l’Union concrétise les recommandations du Conseil de l’Europe, donc les deux entités coopèrent et partagent souvent le même discours à tendance néolibérale. Il y a une individualisation des apprentissages qui est ancrée dans une manière de concevoir la société : les institutions mettent des structures et des ressources à disposition, mais c’est à chacun de prendre ses responsabilités pour, par exemple, atteindre un niveau B2 requis en allemand pour pouvoir poursuivre ses études ou trouver un emploi. Si vous n’y arrivez pas, c’est de votre faute, pas de celle de l’État…

Si je comprends bien, l’objectif principal, c’est de former des citoyennes et des citoyens mobiles et plurilingues. Des individus qui sont capables de s’adapter à une plus grande variété de contextes socioculturels et linguistiques.

Oui, et le Conseil de l’Europe ajouterait la dimension démocratique : il faut que les citoyens puissent s’exprimer sur des sujets politiques. Bon, je suis un peu sceptique à ce sujet, parce qu’il ne suffit pas de savoir la langue, il faut encore bénéficier de la nationalité pour que son opinion soit prise en compte. Par exemple, dans mon cas, je sais très bien le français, mais ça ne me suffit pas pour participer activement à la vie démocratique en Suisse, vu que mon statut de séjour ne le permet pas.

Ton livre met en évidence la construction d’inégalités entre différentes langues et groupes de locuteurs. Y a-t-il des gagnant·e·s et des perdant·e·s dans les politiques en faveur du plurilinguisme ?

De manière générale, les locuteurs ne sont pas adressés. On parle toujours de « langues », mais pas de « locuteurs ». Dans la Charte par exemple, on précise bien qu’il s’agit de protéger les langues, pas les locuteurs. Les paragraphes sur les « minorités linguistiques » ont été supprimés pour que les États puissent éviter de devoir reconnaître l’existence de minorités et leur accorder ainsi des droits spécifiques. Dans le fond, le sort des minorités continue de dépendre de chaque État.

le fait de se centrer sur les apprenants ou de concevoir l’apprentissage des langues dans une perspective pratique existaient déjà au XVIIIème siècle voire bien avant

Dans ton projet de recherche actuel, tu te penches sur l’histoire de l’enseignement du français dans la formation commerciale en Suisse alémanique. Quel est l’intérêt d’étudier l’histoire de l’enseignement des langues étrangères ?

Je crois qu’il est important de placer les débats actuels dans leur contexte historique. On croit souvent que les travaux du Conseil de l’Europe sont novateurs. Mais le fait de se centrer sur les apprenants ou de concevoir l’apprentissage des langues dans une perspective pratique existaient déjà au XVIIIème siècle voire bien avant, comme l’ont montré de nombreux chercheurs (ndlr. revoir un cycle de conférences à ce propos). Le Conseil de l’Europe a la particularité d’articuler des objectifs politiques et didactiques dans le but de servir un projet de cohésion européenne. Le fait de placer les débats linguistiques dans leur dimension historique nous permet de comprendre des enjeux sociaux et politiques souvent méconnus… et qui concernent également notre manière d’apprendre ou enseigner des langues étrangères.

Propos recueillis par Philippe Humbert

Photo prise par Zorana Sokolovska (tous droits réservés)

Le 26 septembre, l’Europe célèbre sa diversité linguistique à l’occasion de la 20e Journée européenne des langues. Si l’événement existe depuis 20 ans, les débats sur la manière gérer la diversité linguistique au sein du projet politique européen ont lieu depuis plus...

Apprendre son vocabulaire: avec ou sans smartphone? [Podcast]

Google Translate, DeePL, Leo, Linguee… avons-nous besoin de ces applications et que nous rapportent-elles? Le thème du numérique et de l’acquisition du vocabulaire est au centre d’un projet de recherche du Centre scientifique de compétence sur le Plurilinguisme (Fribourg). Il vise à comprendre si les outils digitaux peuvent faciliter l’apprentissage du vocabulaire auprès de jeunes apprenti·e·s. Rencontre avec Isabelle Udry, cheffe de projet, qui apporte son éclairage sur les défis du numérique pour l’école et pour la recherche.

Mit dem Aufkommen des Internets ist die Anzahl der Apps und Softwares, welche mehrsprachige Kommunikation erleichtern sollen, geradezu explodiert. Neben maschinellen Übersetzern gibt es viele andere Online-Ressourcen, wie z.B. Videospiele und soziale Medien. Diese technologischen Entwicklungen haben auch Auswirkungen auf das Fremdsprachenlernen, insbesondere auf den Wortschatzerwerb. In diesem Podcast diskutiert Isabelle Udry über die Möglichkeiten und Grenzen digitaler Hilfsmittel im Fremdsprachenunterricht. Dabei geht sie auf Forschungsergebnisse ein und blickt auf ihre Erfahrung als Primarlehrerin zurück. Das Thema beschäftigt Lehrkräfte, Studierende und DidaktikerInnen gleichermassen und erregt dabei zuweilen Skepsis und Bewunderung. Auch die Sprachlehr- und -lernforschung nimmt die Digitalisierung gerne genauer in den Blick.

Podcast n°6, Entretien en allemand avec Isabelle Udry (CSP)

*Plus d’informations sur le projet de recherche ici (en français)*

–Participez à l’étude en remplissant rapidement le questionnaire en ligne (environ 10 minutes)–

Google Translate, DeePL, Leo, Linguee… avons-nous besoin de ces applications et que nous rapportent-elles? Le thème du numérique et de l’acquisition du vocabulaire est au centre d’un projet de recherche du Centre scientifique de compétence sur le...

Améliorez votre perception des accents en langue étrangère… tout en faisant avancer la science !

MiaParle est un projet de recherche dont le but est de développer une méthode d’apprentissage visant à améliorer son accent dans une langue étrangère. À partir d’exercices réalisables depuis votre ordinateur, vous pouvez vous entrainer à reconnaitre la place de l’accent tonique dans plusieurs langues. Mais qu’est-ce que l’accent tonique et que vont faire les chercheur·e·s avec vos données ? Rencontre avec Sandra Schwab, co-directrice de MiaParle.

Sandra Schwab est chercheuse en phonétique aux Universités de Fribourg et Zürich. L’une de ses spécialités est l’étude de l’acquisition de la prosodie dans une langue étrangère ou seconde : elle cherche à comprendre comment les gens apprennent des aspects comme les intonations, le rythme, les accents ou encore le débit de parole d’une langue qui n’est pas la leur. Avec Jean-Philippe Goldman (Université de Genève), ils·elles ont créé le projet MiaParle dont l’objectif est le développement d’une méthode complémentaire pour « améliorer son accent dans une langue étrangère », à savoir, principalement la place de l’accent tonique dans des mots en anglais, espagnol, allemand ou italien. Le CeDiLE a testé la méthode pour vous et en a discuté avec Sandra Schwab.

En quoi est-ce si important d’apprendre l’accent tonique dans des langues comme l’allemand ou l’italien ?

L’accent tonique permet distinguer des paires minimales, c’est-à-dire des mots qui sont composés des mêmes sons mais dont le sens diffère selon la place de l’accent tonique (voir les exemples ci-dessous).

  • Espagnol : « mero (le nombre) / nume (il a numéroté) »
  • Anglais : « import (l’importation) / import (importer) »
  • Allemand : « umfahren (renverser) / umfahren (contourner) »
  • Italien : « ancora (l’ancre) / ancora (encore) »

Bien sûr, l’utilisation de ces mots en contexte permet souvent de résoudre les ambiguïtés, de clarifier la signification à l’aide d’autres mots, mais il arrive que des personnes natives ne comprennent pas ou mal ce qu’une personne allophone lui dit si la position de l’accent tonique n’est pas correcte.

Au départ, le projet s’adressait exclusivement aux francophones. Pourquoi ?

Le français est une langue à accent fixe, c’est-à-dire que l’accent se trouve toujours sur la dernière syllabe du mot ou d’un groupe de mots. Les autres langues faisant partie du projet MiaParle ont un accent libre. En allemand, par exemple, l’accent peut se situer sur la première, (ex. de. Foto) la deuxième (ex. Zitrone) ou la dernière syllabe (ex. Krokodil). Ainsi, les francophones n’ont pas les mêmes habitudes en termes de prosodie et d’accentuation. Ils sont pour ainsi dire « sourds » à l’accent tonique, donc pour eux, l’acquisition de ces distinctions phonologiques est plus difficile. Souvent, les francophones ne savent pas qu’il y a un accent dans chaque mot, ni sur quelle syllabe il faut le placer.

Alors pourquoi avez-vous ouvert la méthode à des apprenant-e-s natif·ve·s d’autres langues que le français ?

Dans un projet antérieur, il s’est avéré que les apprenants germanophones percevaient nettement mieux les différences d’accentuation en espagnol que leurs pairs francophones. On pensait même que les germanophones seraient capables d’atteindre des performances semblables à celles de locuteurs natifs de l’espagnol, mais ce n’était pas le cas. Il y a donc une plus grande facilité à percevoir et reproduire des paires minimales accentuelles d’une langue à l’autre pour les locuteurs natifs de langues à accent libre. Le fait que les germanophones n’obtiennent pas des résultats en espagnol aussi bons que les hispanophones est dû à la réalisation acoustique différente de l’accent dans les langues. Par exemple, les germanophones réduisent certaines syllabes inaccentuées que les hispanophones ne réduisent pas. Il est donc tout à fait sensé d’ouvrir la participation à des non francophones pour récolter plus d’informations, puisqu’il persiste des différences aussi parmi les langues à accent libre.

les francophones qui avaient mentionné avoir une bonne ou très bonne compréhension orale en allemand ou en anglais avaient une meilleure perception de la discrimination accentuelle en espagnol.

Que faites-vous des participant·e·s bilingues ? Est-ce que, par exemple, un·e bilingue franco-italien pourrait trouver un intérêt dans votre méthode pour l’apprentissage de la prosodie allemande ?

Oui, parce qu’avec l’italien, il ou elle ne connait pas forcément les paramètres acoustiques de l’allemand. Dans un autre projet, on voulait savoir si le fait d’avoir des compétences d’allemand pouvait aider à reconnaitre la discrimination accentuelle en espagnol chez des natifs du français. Et effectivement, les francophones qui avaient mentionné avoir une bonne ou très bonne compréhension orale en allemand ou en anglais avaient une meilleure perception de la discrimination accentuelle en espagnol. Bien qu’il y ait encore très peu d’études sur le sujet, il semblerait que des transferts au niveau de la perception de divers aspects de la prosodie soient possibles entre des langues apprises, qu’on soit bilingue de naissance ou qu’on ait acquis de bonnes compétences linguistiques plus tard. Si on récolte une très grande masse de données avec MiaParle, on pourra essayer d’en savoir plus à ce sujet.

J’ai testé un peu la méthode qui est très ludique et facile d’utilisation. Certains exercices contiennent des consignes assez complexes, qui impliquent notamment d’avoir des notions de logique et morphosyntaxe (situer l’accent dans une syllabe ou faire correspondre des mots inventés à des formes de type Tetris par ex.).

Oui, en fait, il faut préciser qu’il existe deux types de méthodes testées dans MiaParle. En vous connectant, vous avez dû tomber sur mon approche que vous avez appelée « Tetris ». En partant d’études psycholinguistiques dans lesquelles on associe des mots à des images concrètes (par exemple le fait de désigner l’image d’un oiseau lorsqu’on entend le mot « oiseau »), j’ai élaboré un exercice consistant à associer un mot à des unités graphiques abstraites (formes et couleurs) qui changent en fonction de la position de l’accent dans le mot. C’est vrai que ça exige une plus grande concentration du fait que les images peuvent sembler abstraites… Si vous étiez tombé sur les exercices de mon collègue Jean-Philippe Goldman, vous auriez eu une tâche plus concrète. Notre idée est de tester deux méthodes différentes pour observer laquelle semble la plus efficace. Si vous vous reconnectez avec un autre pseudonyme, vous pourrez probablement tester l’option de mon collègue (rires).

Capture d’écran d’un exercice d’entraînement « Tetris » de MiaParle

A quel genre de public s’adresse la méthode ?

On part du principe que tout le monde peut y participer. La notion de « syllabe » reste assez commune et accessible à notre sens. Pour l’instant, nous l’avons testée auprès de jeunes universitaires, mais nous souhaiterions élargir la participation à un public plus large, notamment auprès de jeunes adolescents ou bien au sein d’écoles de langues.

l’objectif est de fournir un complément dans l’apprentissage de la prosodie.

On a aussi un peu l’impression de retourner dans des méthodes que l’on considère comme passées et qui sont basées sur la répétition et le drill. Cette méthode est-elle vraiment en phase avec les approches actionnelles et communicatives actuelles ?

Non, c’est clair, déjà parce qu’on reste au niveau du mot et que les apprenants ne savent pas faire une phrase après avoir utilisé MiaParle. Comme nous le précisons, l’objectif est de fournir un complément dans l’apprentissage de la prosodie. Alors oui, il y a un côté drill, mais nous l’assumons et nous ne prétendons pas que cela constitue une méthode à part entière. L’idée est tout de même de parvenir à intégrer ce type d’approche dans des apprentissages globaux et plus actuels par la suite. Pour l’instant, MiaParle est encore dans une phase de test. Des ajustements seront probablement nécessaires.

Au bout d’une vingtaine de minutes, j’ai atteint le score misérable de 9/36 malgré un niveau C1 en italien… Avec cette méthode, à partir de combien de temps commence-t-on à réaliser des progrès ?

Dans un autre projet, au bout de 8 séances de 30 minutes étalées sur 2 semaines, avec des pauses de 2 jours entre chaque session pour laisser au cerveau le temps d’assimiler tout cela, on obtient une amélioration de la perception de l’accentuation de 10%. Mais au bout de 20 minutes, on remarque aussi des progrès. Donc la méthode fonctionne, mais il reste à savoir quelle fréquence et durée d’exercice est nécessaire.

On a été un peu provocateurs dans notre affirmation « améliorez votre accent »

Comme pour toute méthode d’apprentissage des langues finalement…

Oui, l’idée de Miaparle est surtout de prendre conscience de l’importance des accents dans l’acquisition d’une autre langue. On a été un peu provocateurs dans notre affirmation « améliorez votre accent », car on part du principe que si on a de la peine à percevoir un contraste accentuel, on aura de la peine à le produire.

Concrètement, la méthode MiaParle, c’est aussi un moyen pour vous comme chercheuse de récolter des données sur l’acquisition de l’intonation. Qu’allez-vous faire de ces données ? les vendre à Google ?

Bien sûr que non ! (rires) Toutes les données sont traitées de manière confidentielle. Si on récolte vraiment beaucoup de données, on pourra peut-être en savoir plus sur les questions de transferts au niveau phonologique entre L1, L2 et L3. Et j’aimerais savoir quel est l’entrainement qui marche le mieux. Dans un deuxième temps, l’idée est d’obtenir des données sur la production pour faire le lien entre perception et performance, dans le but de déterminer pour quelles personnes ces méthodes fonctionnent ou non. On est vraiment dans la première phase du projet.

Jusqu’à quand pourra-t-on profiter de la plateforme MiaParle ?

La plateforme reste ouverte indéfiniment. Plus on a de participants, plus on pourra apprendre de choses et améliorer la méthode !

Essayez par vous-même : –lien vers la méthode MiaParle–

Photo by Alex Gruber on Unsplash

MiaParle est un projet de recherche dont le but est de développer une méthode d’apprentissage visant à améliorer son accent dans une langue étrangère. À partir d’exercices réalisables depuis votre ordinateur, vous pouvez vous entrainer à reconnaitre la place de...

Faire répéter ou donner un feedback ? Focus sur la didactique de la prononciation en langue étrangère

Dans son mémoire de Master en didactique des langues étrangères, Diane-Hélène Würgler a comparé deux méthodes didactiques susceptibles d’améliorer la prononciation de ses jeunes apprenant-e-s du français langue étrangère : le feedback correctif et la pratique répétée de différents sons. Alors quelle méthode fonctionne mieux ? Réponse dans notre entretien.


Si les approches actuelles en matière d’apprentissage de langues étrangères insistent particulièrement sur les compétences de communication dans la langue cible, encore faut-il pouvoir le faire de manière intelligible, d’où l’importance d’une prononciation appropriée. Diane-Hélène Würgler, enseignante de français langue étrangère au secondaire I, a effectué une recherche empirique sur deux méthodes didactiques susceptibles d’améliorer la prononciation auprès d’apprenant-e·s du FLE âgé-e-s de 12 à 15 ans : le feedback correctif vs la pratique répétée de différents sons. Est-ce que la répétition simple de sons suffit ou le feedback est-il nécessaire pour améliorer la prononciation ? Pour répondre à cette question, Diane-Hélène Würgler a mis sur pied une étude quasi-expérimentale, alliant analyses quantitatives et qualitatives, dans laquelle elle compare les deux formes de traitement de la production des apprenant·e·s. Afin d’observer l’effet de ces deux méthodes elle s’est concentrée sur la production de quatre phonèmes pertinents en français : /ə/, /e/, /ɛ/, /ɑ̃/. Elle nous en dit plus dans un entretien que nous avons mené avec elle.

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Enseigner le français dans un monde virtuel

Rachel Koller, dans son mémoire de Master pour le diplôme pour l’enseignement au niveau secondaire I, a testé l’utilisation de la technologie de la réalité virtuelle en classe de langue. Son étude traite des possibles contributions d’une telle technologie pour l’enseignement-apprentissage du français langue étrangère.


Egal, ob in der Schule oder zu Hause, neue Technologien erlauben es bereits, Interaktionen in einer Fremdsprache alleine – d.h. ohne menschliche/n PartnerIn – zu üben. In ihrer Masterarbeit zur Erlangung des Lehrdiploms auf der Sekundarstufe I an der PHBern entwickelte und setzte Rachel Koller eine kurze Unterrichtssequenz um, in welcher Lernende der 7. und 8. Klasse auf der Sekundarstufe I (ca. 12-14 Jahre alt) VR-Brillen verwendeten um eine kommunikative Aufgabe zu lösen. Um Alltagsgespräche zu simulieren, tauchten die Lernenden während einigen Lektionen in eine virtuelle Welt ein, wo sie Gespräche mit virtuellen Gestalten (sogenannten Avataren) führten und verschiedene Rollen einnahmen. Dabei handelte es sich um typische Gespräche, die sich in einem Taxi abspielen können, wobei die Lernenden zwischen der Rolle der TaxifahrerIn oder des Fahrgastes auswählen durften. Die verwendete App bietet aber auch weitere Alltagssituationen an. Die Rückmeldungen der Lernenden und  sowie ein ausgefüllter qualitativer Fragebogen, lieferten Hinweise wie die Lernenden mit dieser Technologie umgingen und inwiefern dieses innovative Tool ihre Motivation beim Französischlernen beeinflusste. Die Redaktion des CeDiLE liefert Einblicke in das Projekt von Rachel und ihre Erfahrung mit der Implementierung von virtuellen Realitätsbrillen im folgenden Interview.

(suite…)Rachel Koller, dans son mémoire de Master pour le diplôme pour l’enseignement au niveau secondaire I, a testé l’utilisation de la technologie de la réalité virtuelle en classe de langue. Son étude traite des possibles contributions d’une telle technologie pour...

Enseigner la langue orale en prison

Dans son mémoire de Master en Français Langue Étrangère/Seconde (FLE/FLS), Bérénice Corboz, enseignante de FLE/FLS, s’est intéressée à l’enseignement du français parlé dans le milieu carcéral. La formation dispensée sur ce terrain n’a été que peu étudiée et est particulièrement difficile d’accès. Dans le but de répondre au manque de supports authentiques pour le travail oral et d’en analyser les effets sur les apprenants, l’autrice s’est attelée à la création et à l’implémentation d’une séquence didactique basée sur des corpus d’interaction orale. Dans cet entretien, elle nous en raconte davantage.

(suite…)Dans son mémoire de Master en Français Langue Étrangère/Seconde (FLE/FLS), Bérénice Corboz, enseignante de FLE/FLS, s’est intéressée à l’enseignement du français parlé dans le milieu carcéral. La formation dispensée sur ce terrain n’a été que peu étudiée et est...